Comprendre les 5 erreurs d’une équipe compétitive en conflit

by | Jan 30, 2019 | Guides | 0 comments

Sur les jeux en ligne esportifs, il n’y a pas de plus beau jeu que celui d’une équipe soudée. Peu importe le jeu compétitif, Fortnite, League of Legends, Overwatch, CSGO ou Dota 2, R6S : le teamplay donne accès aux aspects les plus passionnants.

Seulement… pour bénéficier des joies du jeu en équipe au niveau amateur, pro ou semi-pro : il faut dépasser les problèmes humains. Quiconque joue en équipe sur un jeu compétitif se confronte à des conflits internes qui poussent alors à s’interroger sur la façon de les régler. Comment gérer les conflits de son équipe ? Comment les prévenir ou les éviter ? Comment régler et éviter les disputes entre joueur ? Réconcilier un DPS avec son healer ?

L’importance de la gestion des conflits

S’il y a bien une chose qui empêche les équipes de devenir excellentes, c’est bien leur incapacité à gérer les conflits. Vous est-il déjà arrivé de vous retrouver dans une équipe où deux joueurs se disputent et tournent en rond ? Peut-être que vous faites même partie de ces joueurs qui se chamaillent. Les conséquences sont souvent catastrophiques pour les équipes si les tensions se répètent : cela démotive grandement tous les membres de l’équipe, les personnes qui sont en conflit se sentent incomprises et ne sont pas écoutées, du ressentiment commence à se former et on a comme un gros malaise à chaque fois que l’on joue ensemble. Vos performances ? Elles font maintenant partie de l’histoire. Les capitaines qui sont dépassés ont alors la mauvaise idée d’essayer de trouver des équipes plus faibles à affronter afin de remotiver les troupes. Sauf que voilà, vous ne faites que retarder l’inévitable : il va falloir s’occuper de ce conflit à un moment ou à un autre si vous voulez vraiment progresser. Autrement, vous ne ferez que perdre votre temps et celui des autres.

Et non, ici, je ne parle pas de renvoyer un des deux joueurs et encore moins de « choisir un camp ». Nous verrons dans cet article que c’est notre manière même d’aborder les conflits qui est à l’origine de nos problèmes. Ici, je veux vous aider à poser le problème calmement et vous partager mon analyse de la situation. Il y a bien sûr plusieurs analyses possibles, mais certaines sont beaucoup plus utiles que d’autres, notamment pour notre but ici qui est de rétablir le dialogue afin de dépasser ces conflits pour devenir une meilleure équipe, mais aussi tout simplement, de meilleurs êtres humains. A travers cette analyse, vous réaliserez rapidement que personne n’est épargné par ces mauvais comportements. Cela pour une raison simple, ces comportements sont directement liés à notre cerveau, plus précisément, sa partie la plus primitive. Nos raisonnements seront alors beaucoup trop simplistes pour les situations complexes comme le jeu en équipe. Ici, je pose le socle qui vous permettra de comprendre votre situation et de rétablir le dialogue.

Les différentes phases de la vie d’une équipe… qui ne fonctionne pas 

 

La première phase : la lune de miel

Ça y est, votre équipe vient d’être formée. Vous avez enfin tous les joueurs qu’il vous faut et vous avez hâte de jouer tous ensemble. Les premiers jours, on fait connaissance, on apprend comment tout le monde joue et on prend beaucoup de plaisir à jouer ensemble. Pour beaucoup de joueurs, jouer en équipe apporte énormément de richesse dans leur jeu. Vous pouvez enfin communiquer, coordonner vos actions, réaliser de belles performances et surtout, quand vous parlez, les gens vous écoutent. Devant tant de bénéfices, vous allez faire énormément d’efforts : des efforts pour vous intégrer, pour créer une bonne ambiance, pour que tout le monde se sente à sa place et surtout, pour éviter tout ce qui est négatif.

Concrètement, vous ne vous énerverez jamais, vous transformerez même vos défaites en moments d’apprentissage. Vous expliquerez vos erreurs par le manque de maturité de l’équipe et vous avez raison. Vous partagerez avec joie les pistes d’améliorations possibles pour l’équipe. Aucune des idées ne sera mauvaise, tout le monde fera l’effort de comprendre et d’imaginer des scénarios pour appliquer les idées d’amélioration. Vous parviendrez même parfois à vraiment corriger vos erreurs.

On finit par se lasser

Il y aura juste un tout petit défaut : c’est que pour toutes les solutions qui ne sont pas tout de suite applicables ou qui vous demandent des efforts, vous ne ferez rien. Au fur et à mesure, vous empilerez les erreurs à corriger sans jamais vraiment appliquer les solutions. Parce que vous n’avez pas envie de vous fâcher avec les autres et leur dire que leurs solutions sont nulles, vous vous contenterez seulement de ne rien faire. Vous éviterez alors de plus en plus de parler des sujets difficiles pour éviter de froisser vos équipiers.

Tous les bénéfices que vous chérissiez autrefois n’ont plus la même saveur. Vous vous êtes tous habitués au niveau de team play auquel vous jouez et vous ne voyez maintenant plus que vos erreurs. Vous connaissez maintenant les erreurs de tout le monde par cœur et vous voyez vos équipiers les faire encore et encore. Plus cela va durer et plus cela sera insupportable, aussi bien pour vous que pour vos équipiers, car ne croyez pas que vous ne faites pas d’erreur.

On y est, c’est la guerre

Les moins patients d’entre vous finiront par dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas. Seulement voilà, ils vont le dire avec tous ce qu’ils ont refoulé jusque-là et ça sera très difficile à entendre. Ces personnes vont malheureusement tomber dans un piège qui empêchera l’équipe de se relever. Ce piège, c’est de penser qu’ils n’avaient plus le choix, qu’on les a forcés à en arriver là. Alors quand ils vont s’exprimer, ils seront très… mordants et ils demanderont que leurs exigences soient satisfaites. Evidemment, ils ne le présenteront pas sous cette forme, mais ce qui peut vous donner la puce à l’oreille, c’est qu’ils refuseront d’abandonner les pistes de solutions qu’ils proposent. Si vous proposez d’autres solutions, même complémentaires, les personnes continueront de marquer leur opposition avec mon expression favorite : « oui, mais… ».

On qualifie très souvent, à tort, ces joueurs comme des joueurs avec du caractère. Il n’en est rien. Poussez n’importe qui à bout et vous le transformerez en militant de sa cause. Certains pensent que j’exagère. Après tout, il ne s’agit que d’un jeu. Mais voilà, à force de jouer ensemble et d’y prendre du plaisir, on commence à développer la volonté d’être bon pour en tirer encore plus de plaisir. C’est un phénomène assez naturel, qui se déclenche encore plus rapidement si vous jouez fréquemment ensemble.

Arrivé à ce stade, les personnes qui ont décidé de faire entendre leur voix ne veulent plus le bien de l’équipe.

Ce qu’ils veulent avant tout, c’est avoir raison.

Les 5 comportements systématiques liés aux conflits qui vous empêcheront d’en sortir

Que ce soit clair, je ne dis pas que la personne n’en a rien à faire de l’équipe. Mais voilà, la personne a été poussée tellement loin, qu’elle n’a même pas remarqué que quand il y a des disputes, très rapidement elle a changé d’état d’esprit. Elle ne cherche plus ce qu’il y a de mieux pour l’équipe (son attitude de départ), elle veut surtout avoir raison et montrer aux autres qu’ils ont tort s’ils ne sont pas d’accord avec elle.

Ce basculement d’état d’esprit, ne touche évidemment pas seulement les personnes au sein d’une équipe, mais toutes les personnes lorsque le sujet est sensible. Dans ces échanges houleux, il y a beaucoup d’émotions, des enjeux importants et surtout, des opinions divergentes.

Dans cette partie, nous allons voir ensemble les 5 comportements que les personnes adoptent systématiquement et qui ne font qu’empirer les choses.

 

L'erreur de ne plus s'écouter

La première chose qui crèvera les yeux à une personne qui est extérieure et qui observe la scène est que personne ne s’écoute. Les personnes répètent encore et encore la même idée sans jamais se lasser. N’importe quelle dispute de deux heures peut être résumée en moins d’une minute.

Bien sûr, vous pouvez leur demander d’écouter les autres, et ils se feront une joie de vous dire à quel point ils ont bien écouté leurs équipiers. Mais voilà, quand vous leur demanderez de reformuler ce que disent les autres, vous n’obtiendrez qu’une caricature de chaque idée. Cela pour une raison très simple : quand les autres parlent, avant même qu’ils aient fini leur phrase, les personnes sont déjà en train de préparer leur réponse. Si vous êtes en train de préparer votre réponse pour rendre les coups, vous n’êtes pas en train d’écouter. C’est assez simple à comprendre quand on est au calme, mais quand on est au milieu d’une dispute, on n’hésitera pas à soutenir qu’on peut très bien faire les deux.

 

L'erreur de raisonner de manière binaire

L’erreur fatale que vous allez commettre c’est de penser de manière binaire. Est-ce que j’ai raison ou est-ce que j’ai tort ? Est-ce que les autres essaient de se battre pour l’équipe, ou est-ce qu’ils ne font rien ? Cette vision des choses vous empêchera de comprendre que vous êtes dans une situation qui demande énormément de subtilité afin de trouver des solutions créatives.

Si on prend uniquement la question binaire « est-ce que j’ai raison ou est-ce que j’ai tort ? » A votre avis, qui a raison et qui a tort dans votre tête ? Ouais, moi aussi, quand je pense comme ça, c’est toujours moi qui aie raison et les autres ont toujours tort. En partant de ce principe, il ne sert à rien de discuter.

Avant de passer au comportement suivant, je tiens quand même à vous donner quelques éléments d’explications qui expliquent pourquoi nous adoptons un raisonnement aussi simpliste dans les situations les plus importantes de notre vie. Est-ce que vous vous êtes déjà dit, quelques jours après une grosse dispute avec quelqu’un et pendant que vous vous repassez le film en boucle : « mais c’est ça que j’aurais dû dire, je suis trop bête ! Je lui aurai cloué le bec ! » Ouais moi non plus, mais c’est une phrase dans ce genre-là et généralement quand on est sous la douche.

Dans quelques cas, ce n’est pas bien grave d’avoir réagi de la sorte : discuter politique avec des amis après avoir bu de l’alcool avec modération, ou quand on parle d’un sujet chaud de l’actualité par exemple. Mais il y a des cas aussi où on s’en mord les doigts, des semaines, des mois, des années plus tard parfois : dispute avec un collègue de travail, briser une amitié, querelle amoureuse menant à une séparation très douloureuse, disputes avec ses parents, etc. Comme on peut le voir, à chaque fois qu’il y a un moment important pour nous, nous nous mettons à réfléchir de la manière la plus stupide qui soit. Appliquez la méthode que je vous donnerai ici pour résoudre vos conflits avec vos équipiers et je peux vous assurer que cela vous permettra aussi d’arrêter de gâcher les moments importants de votre vie.

Alors que se passe-t-il pendant ces événements qui peuvent changer votre vie ? Comme je l’ai dit précédemment, vous parlez d’un sujet qui vous tient à cœur, ensuite il y a beaucoup d’émotions, enfin, vous avez des opinions divergentes. Ces trois éléments seront extrêmement stressants et votre cerveau interprétera ces différents signaux comme si vous étiez en grand danger, comme si vous étiez face à un mammouth. En effet, la partie de notre cerveau qui prendra les commandes sera notre partie la plus primitive. La partie qui gère la logique (le cortex préfrontal) va s’éteindre et on se retrouvera donc face à une situation demandant beaucoup de subtilité avec les capacités de réflexion d’un enfant de 4 ans. Autrement dit, il n’y a aucune chance que cela se finisse bien. En effet, la partie primitive de notre cerveau (l’amygdale) n’est pas capable de manipuler des concepts complexes, nous avons 3 réactions possibles : se battre (répondre en criant plus fort, en insistant toujours plus), s’enfuir (se déconnecter, dire qu’on arrête), être paralysé et faire le mort (ignorer l’autre, garder le silence). Et ce sont généralement ces 3 réponses que vous allez constater dans chaque dispute dans une équipe : certains monopoliseront la parole, d’autres ne seront pas où se mettre et d’autres vous diront tout simplement qu’ils en ont marre et qu’ils veulent tout arrêter.

Voilà, je tenais à vous donner ces explications, car j’en entends souvent des mauvaises comme « j’ai deux joueurs qui ont du caractère », ou « ils font les gamins », ou encore mon préféré « ils ne sont pas professionnels ». Evidemment, les symptômes peuvent faire penser à cela, mais tomber dans le piège de ces 3 conclusions, c’est être complètement à côté de la plaque. En comprenant bien les mécanismes à l’œuvre, vous aurez déjà une meilleure idée de la situation et vous mettrez toutes les chances de votre côté pour réagir efficacement lorsque vous serez de nouveau confronté à des conflits.

L'erreur de partir des conclusions plutôt que des faits

Un autre élément qui empêchera complètement le dialogue, c’est la façon dont les personnes expliquent leur point de vue aux autres. Au lieu de partir du début, des faits, les personnes imposent tout de suite leurs conclusions. Les personnes ne le remarquent souvent pas et ils mélangent alors leurs conclusions avec des faits, ils ont alors la conviction qu’ils disent la vérité. Pour expliquer une défaite par exemple, les joueurs n’hésitent pas à dire « ils avaient un meilleur team play que nous, et c’est pour ça qu’on doit travailler notre team play » et là inévitablement, vous allez avoir un autre joueur qui dira « ouais, j’ai pas trouvé leur team play ouf, je pense plutôt que c’est leur skill individuel qui a fait la différence ». Notez qu’il n’y a aucun fait dans ces phrases. Un fait, est par définition indiscutable. Dire que les adversaires avaient un bon team play n’est pas un fait, car la personne en face a remis en question cette déclaration. Exemple d’un fait : à chaque fois que le joueur A en face sautait sur nous, le joueur B sautait lui aussi. Donc on peut conclure qu’ils sont coordonnés sur ce point, mais pas que leur team play était bon.

En partant de vos conclusions, vous ne permettez pas à l’autre de vous comprendre et l’autre ne vous permet pas non plus de le comprendre. Résultat, vous allez vous mettre à vous disputer toute la journée sans jamais avancer d’un millimètre. Vous allez par exemple passer complètement à côté d’une évidence : et si vous aviez tous les deux raisons ? Et si effectivement vos adversaires avaient un team play supérieur au vôtre (sans forcément être bon) et que vos adversaires vous dépassaient sur le plan individuel ?

L'erreur de d'inventer des histoires qui justifient les comportements

Au fur et à mesure que la dispute s’éternise, les personnes qui se disputent réaliseront elles-mêmes qu’elles ne font que perdre leur temps. Seulement voilà, avec un cerveau primitif, laisser tomber, ça veut aussi dire perdre, ça veut aussi dire avoir tort. Et ce résultat est inacceptable. Alors les personnes vont se construire très rapidement (notre cerveau est très doué pour ça) une petite histoire qui justifiera de continuer de se battre jusqu’à la « fin ».

Vous devez faire attention à l’apparition de trois types d’histoire : l’histoire de la victime, l’histoire du méchant et l’histoire de l’impuissant. Ces 3 histoires ne feront que vous éloigner de la possibilité d’établir un véritable dialogue pour trouver une solution. Ces histoires, on les retrouve dans chaque conflit. Je vais vous les décrire, cela vous permettra de faire un bilan sur vous et de savoir dans quel type d’histoire vous avez tendance à trouver refuge.

L’histoire de la victime, c’est simple, c’est Calimero « oh c’est trop injuste ! » Après tout ce que j’ai fait pour l’équipe, comment peuvent-ils me traiter comme ça ? Après tout ce que j’ai sacrifié pour lui/elle, comment peut-il/elle me demander cela ? Il est possible que vous soyez une vraie victime, que l’histoire soit complètement blanche ou noire, mais cela arrive très rarement. Cette histoire est souvent choisie dans les querelles amoureuses : parce qu’on ne veut pas être celui ou celle qui blesse l’autre, on inventera une histoire de victime. Dans un contexte d’équipe, c’est la même chose, on ne veut pas être celui ou celle qui est responsable de la mauvaise entente entre les équipiers. L’histoire que l’on se raconte alors est du genre « ne voient-ils donc pas que je suis en train de tout donner pour l’équipe ? »

Nous verrons toutefois, un peu plus tard, que ce n’est pas cette histoire qui poussera les gens à agir dans les conflits internes. Cette histoire vous empêchera totalement de vous remettre en question et de faire un pas vers les autres, un pas vers le dialogue. Comme je l’entends très souvent, ce n’est pas à la victime de s’excuser. A un détail près, vous n’êtes pas une victime. Prenez le temps qu’il vous faudra pour l’accepter, c’est le seul moyen de retourner vers le chemin du dialogue.

Ensuite nous avons l’histoire du méchant. Dans l’histoire de la victime, on se dit « ce n’est pas MA faute » et on exagère notre innocence. Ici, on se dit « c’est SA faute » et on exagère sa culpabilité. Nous essayons alors de dépeindre une personne a priori normale, comme quelqu’un de méchant. On lui colle des étiquettes péjoratives et on la tient pour responsable de nos malheurs. En lui donnant le rôle de méchant, on ignorera tout signe de bonne volonté de sa part. Même ses meilleures intentions seront transformées en plan machiavélique pour nous faire du mal. Quand nous étiquetons quelqu’un, nous ne le considérons plus comme un être humain. Alors, nous allons nous autoriser à faire absolument tout ce qui est autorisé quand nous traitons avec une chose : insulter un tyran ne pose aucun problème, par contre, insulter un être humain, c’est plus difficile déjà. Petit à petit, on s’autorisera à détourner toutes ses intentions pour ne voir en lui qu’un être maléfique. Vous imaginez bien que si ça dure trop longtemps et que nous refusons de nous remettre en question, nous allons mener notre équipe tout droit à sa perte.

Enfin, nous avons l’histoire qui nous intéresse dans le contexte de cet article : l’histoire de l’impuissant. Cette histoire c’est de nous convaincre que nous n’avions pas d’autres choix que d’agir comme nous avons agi. « Désolé de t’avoir complètement détruit émotionnellement, mais je me devais de le faire, car je voulais te dire la vérité. » « Désolé de ne pas avoir du tout tenu compte de ta personne ou de tes sentiments, je n’avais pas d’autres choix. » « Désolé de vous dire que vous êtes tous nuls et que vous ne faites rien pour l’équipe, je suis le seul à me remettre en question. » Ça vous rappelle quelque chose ? Evidemment j’ai poussé le vice à l’extrême, mais c’est pour vous permettre de mieux détecter ce type d’histoire. Comme je l’ai dit, ces histoires dépassent de loin le cadre vidéoludique, mais c’est bien cette histoire qui est la préférée des joueurs qui explosent et qui décident de vider leur sac tout en imposant leur vision de la chose. Vous l’aurez compris, un but « noble » vous autorise à faire n’importe quoi.

L'erreur des usages abusifs du jugement

Pour tous les sujets importants dans notre société, s’il y a bien un fléau qu’il faut combattre, c’est le jugement. Cela pour une raison assez simple, quand vous jugez, vous voulez savoir ce qui est bien ou mal. Vous voulez savoir qui est dans le camp du bien et qui est dans le camp du mal. Evidemment, si vous êtes concerné plus ou moins directement dans le problème qui est face à vous, vous n’allez jamais vous mettre dans la catégorie « mal ». Il y a aussi une autre conséquence insidieuse dès que vous jugez quelque chose ou quelqu’un : vous arrêtez tout simplement de réfléchir et vous ne faites que chercher à valider votre opinion, votre jugement. C’est ce que l’on appelle le biais de confirmation.

Ici, même si on se rapproche beaucoup des histoires dont j’ai parlé précédemment, il s’agit bien d’un autre phénomène. Ici, on ne se raconte même plus d’histoire, car on détient quelque chose d’encore mieux : « LA vérité ». Si vous détenez LA vérité, à quoi bon continuer de réfléchir ?

Résultat ici, quand vous arrivez à l’étape du jugement, ce qui ne prend jamais beaucoup de temps quand les discussions sont houleuses, vous n’essaierez plus d’écouter les autres et de les comprendre. Après tout, cela ne sert plus à rien étant donné que vous détenez la vérité. A quoi bon écouter des mensonges ? Vous vous poserez alors comme un défenseur de la vérité et vous vous autorisez à faire tout ce qu’il faut pour la défendre. Ce qui est paradoxal, car tout le monde est convaincu de la détenir dans un conflit. 

L’ultime tentative des équipes qui tentent de trouver une solution au conflit qui les paralyse : être objectif

Ici, je vais vous parler de la pire approche que vous puissiez adopter afin de résoudre le conflit : être objectif. Tout d’abord il est impossible d’être objectif, il y a forcément un système de valeurs plus ou moins explicite qui guidera nos pensées. Ensuite, quand nous adoptons cette position de l’objectivité, tout ce que nous disons ressemble à la vérité à nos yeux. Or, l’objectivité et la vérité sont deux choses bien différentes.

Je sais que beaucoup de joueurs sont encore convaincus que l’objectivité est la clé de tout. C’est même ce que l’on nous a appris à l’école, « on ne peut pas réfuter des arguments objectifs ». Dans la réalité, on peut le faire et on doit le faire, car nous ne sommes pas des machines sans âme.

La seule chose que vous allez y gagner en adoptant cette approche, c’est de rendre encore plus dingues les personnes qui veulent s’exprimer, car maintenant, vous allez les censurer et leur dire que ce qu’ils pensent n’est pas « valide ».

Une méthode simple pour vous permettre de surmonter les obstacles

Avant de vous laisser chercher des solutions dans votre coin, je vous propose de faire un travail sur vous-même. En effet, comme je l’ai expliqué précédemment, même si nous sommes convaincus que les problèmes viennent toujours des autres, nous portons une part de responsabilité. Vous ne pourrez jamais permettre à vos équipiers de se remettre en question, si vous n’acceptez pas de le faire pour vous-même. Évidemment, je ne vais pas me contenter de seulement vous dire de vous remettre en question. Tout le monde le fait et je n’ai pas besoin de parler du manque d’efficacité de cette approche.

Alors, ce que je vais vous proposer ici sera plus simple et cela vous permettra de comprendre bien des choses sur vous-même d’abord, mais aussi sur vos équipiers ensuite. J’insiste sur cet ordre. Ce que je m’apprête à vous demander sera assez difficile mentalement, alors gardez toute votre énergie pour vous-même d’abord. Vous en tirerez beaucoup plus de bénéfices qu’en vous concentrant sur les autres.

La méthode que je vous propose ici tient en 3 points et son but est de vous permettre de mieux vous connaître lorsque vous êtes dans une situation de conflit. En ayant conscience de votre comportement dans ces moments, vous pourrez garder le contrôle et maintenir un climat de dialogue. C’est une condition indispensable pour trouver de véritables solutions.

 

Prenez conscience de vos comportements en situation de conflit

Les choses dont vous n’avez pas conscience vous contrôlent et les choses dont vous avez conscience passent sous votre contrôle. C’est mon mantra et c’est celui que je transmets aux joueurs que je coachs quand ils sont dans la même situation que vous. Dans la première étape de cette méthode, je vous propose de prendre conscience de vos comportements en situation de conflit. Dans l’article, j’ai parlé des comportements que nous partageons presque tous quand nous nous laissons emporter :

  • On n’écoute plus les autres, on prépare notre réponse alors que la personne vient à peine de prendre la parole. On veut ici avoir raison.
  • On raisonne de manière binaire : qui est le gentil, qui est le méchant, qui a raison, qui a tort ?
  • On est convaincu d’avoir raison, car on part de nos conclusions et non des faits. Alors on essaye de forcer l’autre à accepter LA (notre) vérité, ce qui ne fonctionne jamais.
  • Devant la résistance de notre interlocuteur, on commence à se créer une jolie histoire qui justifie notre comportement. Nous exagérons notre innocence, la culpabilité de l’autre, nous nous disons que nous n’avions pas le choix et que cela était le seul moyen.
  • Enfin, nous nous mettons à juger l’autre et son opinion. Quand nous avons délivré notre jugement, nous ne réfléchissons plus. A quoi bon, nous nous sommes déjà décidés. Mais voilà, nous l’avons fait avant même d’entamer un véritable dialogue.

Je vous propose alors de vous demander si vous adoptez d’autres comportements. Ma liste n’est évidemment pas exhaustive et il serait intéressant pour vous de trouver 2-3 comportements supplémentaires, même s’ils sont très proches.

Décrivez vos comportements pour en prendre pleinement conscience

Après avoir trouvé 3 comportements (ou plus), je vais vous demander de décrire tous les comportements que vous avez identifiés chez vous dans les situations de conflit. J’ai bien dit décrire et non pas juger. Evitez les « ça c’est pas bien ce que j’ai fait ». Cela sera vécu comme une attaque par votre cerveau et vous aurez très vite envie d’arrêter ce travail sur vous-même. Autrement dit, vous continuerez d’adopter ces comportements qui ne sont pas constructifs.

Pour cela, fermez les yeux et replongez-vous dans les conflits où vous avez adopté ces différents comportements. Ensuite, répondez à ces deux questions « En quoi ce comportement que j’ai adopté m’éloigne de la possibilité d’établir un véritable dialogue avec l’autre ? En quoi ce comportement que j’ai adopté, m’éloigne de la possibilité de trouver une véritable solution à notre problème ? »

Pour vous aider à répondre, je veux que vous fassiez les choses suivantes :

  • Décrivez votre posture, décrivez les crispations dans les parties de votre corps ;
  • Décrivez ce que vous entendez ;
  • Décrivez ce que vous voyez ;
  • Décrivez ce que vous ressentez, décrivez votre rythme cardiaque ;
  • Décrivez vos pensées ;
  • Décrivez vos réactions.

Plus vos descriptions seront détaillées, plus vous prendrez pleinement conscience de vos comportements qui engendrent les conflits. Cela vous permettra alors de vous contrôler dans ces situations et d’adopter les bonnes postures afin de désamorcer la situation.

Débarrassez-vous de ces mauvais comportements à votre rythme

Les deux premiers points vous ont fait sûrement comprendre que vous projetez vos propres peurs et votre insécurité sur l’autre dans les moments de conflits. La troisième étape consiste justement à reprendre ses esprits et à imaginer calmement des solutions possibles afin de ne pas retomber dans le piège.

Reprenez chacun des comportements et posez-vous la question suivante :

« Quels sont les 3 éléments que je peux ajouter dans ma vision de ces conflits afin de ne plus tomber dans le panneau ? »

  • Par exemple : imaginons que vous avez la manie de toujours préparer votre réponse alors que votre interlocuteur vient à peine de commencer de parler. Vous pouvez alors ajouter les 3 éléments suivants pour arrêter de préparer vos réponses et écouter pleinement votre équipier :
    • Mon équipier ne m’a jamais coupé la parole, je sais qu’il me respecte et que je le respecte. Il me laissera le temps de parler quand ça sera mon tour.
    • Ce qui me pousse à préparer ma réponse, c’est que j’ai l’impression qu’il ne m’écoute pas. Je ne l’écoute pas non plus d’ailleurs. Alors je vais l’écouter et lui montrer que je l’écoute. A son tour, il me montrera qu’il m’écoute.
    • Je remarque aussi que j’ai tendance à être très agressif et que mon rythme cardiaque est élevé. Dans ces moments, je prendrai 3 grandes respirations juste avant que mon équipier me parle. Cela me permettra de me calmer et de l’écouter au mieux.

Le but c’est de reprendre chaque comportement et de trouver trois éléments qui changeront radicalement votre approche, vos pensées dans ces moments. Vous voulez faire redescendre la pression et rétablir le dialogue.

Après avoir fait ce travail pour chaque comportement identifié, vous appliquerez vos solutions afin d’éliminer ces comportements un par un. N’essayez pas de devenir un maître Zen en seulement une heure, ça ne marche jamais. Appliquez les corrections à votre rythme.

A vous de jouer maintenant !

La grande majorité des joueurs ne savent tout simplement pas jouer en équipe. Pour une grande partie d’entre eux, jouer en équipe veut simplement dire « jouer comme d’habitude, mais avec d’autres personnes ». Ce n’est absolument pas le cas et il faut prendre en compte les besoins des autres si l’on veut former une équipe efficace.

J’aurais aimé pouvoir vous dire que dans le monde professionnel le niveau est plus élevé, mais ça serait vous mentir. Les erreurs que vous êtes en train de faire sur les jeux vidéo, vous les constaterez aussi dans votre vie professionnelle. Autant apprendre à les gérer et à les solutionner dans une activité où les conséquences ne sont pas si importantes que dans la vie professionnelle.

Pour les plus observateurs d’entre vous, vous comprendrez rapidement que les mécanismes dont je parle ici s’appliquent pour tous et dans toutes les situations. Les conflits sont de loin les meilleures opportunités que vous aurez d’évoluer, alors n’hésitez plus et lancez-vous !

Article rédigé par Joseph Nguyen

Si vous avez des questions ou si vous voulez en savoir plus, n’hésitez pas à me contacter directement sur Discord Pictou#8798. Je serai ravi de discuter avec vous.

Comprendre les 5 erreurs d’une équipe compétitive en conflit
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